Le Pré-cinéma d'animation abstrait

A travers les oeuvres de Walter Ruttmann, Oskar Fischinger, Hans Richter, Viking Eggeling

Bilan

La tentative de bilan qu’on peut faire après cet exercice critique est finalement assez simple. En travaillant sur la diffusion, la valorisation et l’analyse d’un médium relativement récent qu’est la vidéo, nous avons pu parcourir un nombre non exhaustif de ressources récemment crées et en pleine expansion, des plus connues – Youtube, Viméo, Pinterest – aux plus complètes – Center for Visual Music, Network Awesome.

D’un point de vue assez pragmatique, nous avons pu notamment vérifier que le partage est une dimension plutôt efficace puisque notre compte Pinterest a été suivi très rapidement par le Forum des images. D’autre part, nous avons eu l’occasion constater empiriquement que Youtube, contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, est très précautionneux et vigilent sur les droits d’auteur. En avril dernier, nous avons décidé de créer une chaîne YouTube afin de pallier les oublis concernant certains de nos artistes. Peu de temps après son ouverture, les administrateurs de la plateforme vidéo nous ont contactés afin de nous signaler que l’une des vidéos mise en ligne « peut présenter du contenu concédé sous licence ou appartenant à EMI ». Même si la vidéo concernée n’est pas encore censurée, nous avons été informés qu’il est possible que son contenu soit bloqué dans un futur proche ou lointain.

En ce qui concerne ensuite les Humanités Numériques à proprement parler, nous baserons cette conclusion sur un ouvrage de David Joselit intitulé After Art (Princeton University Press, 2012). Son auteur est l’un des collaborateurs de la prestigieuse revue OCTOBER que nous avons eu l’occasion de citer dans l’un de nos articles. Il analyse dans cet ouvrage les conséquences de l’introduction des outils numériques dans la création artistique et architecturale. En se focalisant en particulier sur ce qui se passe une fois qu’une image entre en circulation en s’intégrant dans un grand nombre de réseaux hétérogènes, il en arrive à une conclusion radicale : la notion d’ « after aura ». En effet, Joselit affirme que le concept d’aura défendu par Walter Benjamin ne peut plus avoir cours à l’heure où l’image est devenue une simple somme de codes infiniment modifiables et qui se retrouve, dans des qualités différentes, sur plusieurs plateformes en même temps. Et ceci est d’autant plus vrai dans le cas des films commerciaux qu’Oskar Fischinger ou encore Hans Richter ont réalisés à de multiples reprises et dont le statut d’œuvres constitue une problématique à part entière.

D’après ce que nous avons pu constater, le transfert des vidéos de ces quatre auteurs en format numérique est à l’origine d’une RE-découverte et d’une sauvegarde de ces œuvres mais aussi et déjà d’une DEcouverte. En effet, ces films aujourd’hui restaurés par le CVM par exemple, étaient relativement compliqués d’accès de par leur fragilité qui empêchait tout transport ainsi qu’un visionnage compulsif comme il est aujourd’hui possible de le pratiquer. Leur diffusion s’en trouvait de fait profondément restreinte lorsqu’elle n’était pas inexistante. Ce qu’on peut dire, c’est que la notion d’unicité du ressenti, à un endroit, dans un environnement donnés, et à un moment précis, est inapplicable à ce médium dont l’ubiquité nie tout possibilité d’aura unique.

En somme, les musées et autres institutions culturelles, ne sont pas d’immenses coffres forts et ce même si leurs bâtiments sont parfois l’œuvre d’architectes ayant travaillé pour de grandes banques. Nous devons penser aujourd’hui de manière plus démocratique la circulation des images afin d’inverser nos schémas d’interprétation. Ce que nous avons tenté d’adopter par le biais de ce blog, c’est une méthode d’analyse centrifuge, qui considère l’œuvre comme un point de départ et non comme une perpétuelle arrivée. A la différence de méthodes critiques traditionnelles qui pratiquent un mouvement centripète vers leur objet d’étude, partant avant tout du principe que le sens se cache toujours derrière l’œuvre, nous avons choisi de considérer chaque vidéo comme une passerelle afin de faire fonctionner ce qu’Horace Walpole a nommé « serendipité ». Ceci avait selon nous une ambition primordiale qui était de ne pas contribuer à une réification de l’objet alors que sa dématérialisation en fait justement d’après nous l’une de ses forces.

A ce propos, Joselit affirme, en lien avec la recherche, que l’explosion de l’image – dans le sens d’une dissémination – est irréversible et celle-ci dispose alors d’un pouvoir inédit après avoir été crée et mise en circulation. L’œuvre produite tire ainsi sa force immense de par les connections innombrables qu’elle peut tisser à l’image du filet d’Indra, créateur du monde selon la religion bouddhiste. Ce dernier l’aurait fabriqué sous la forme d’une vaste toile et aurait fixé une perle à chaque nœud de la trame. Ainsi chaque perle reflète sur sa surface toutes les autres perles du filet, afin que tout ce qui existe sur la toile d’Indra suggère tout ce qui existe d’autre. Par conséquent, citons en conclusion Joselit qui nous dit : « we must recognize and exploit the  potential power of art in newly creative and progressive ways. Our real work begins after art, in the networks it formats ».

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