Le Pré-cinéma d'animation abstrait

A travers les oeuvres de Walter Ruttmann, Oskar Fischinger, Hans Richter, Viking Eggeling

Le Cabaret Voltaire raconté par ceux qui l’ont animé

Hans Richter, capture écran à partir du documentaire "Dada à Zurich"

Le documentaire intitulé Dada à Zurich mis en ligne sur la plateforme de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) nous propose de vivre les débuts de ce mouvement radical, intolérant, pacifiste, sulfureux, puissant, bref paradoxal qu’était DADA. Par des interviews de quelques artistes encore vivants en 1971, il nous invite à vivre l’ambiance du Cabaret Voltaire narrée par ceux qui y furent les cibles de projectiles alimentaires en tous genre à la suite de leurs performances absurdes et pourtant visionnaires.

Hans Richter (qu’on voit sur le photogramme ci-dessus) y tient une place de choix aux côtés de Marcel Janco, Christian Schad ou encore Julius Evola. Il est en effet interrogé à 5 reprises sur des sujets divers, et même s’il ne parle pas de vidéo, ce document nous aide à comprendre l’esprit qui animait ces artistes dont l’oeuvre infusa tout le siècle. Richter raconte tout d’abord comment il est arrivé dans le groupe pré-surréaliste, d’une manière finalement aussi hasardeuse que se créa le premier rayogramme de Man Ray. En 1914, il entre dans l’armée pour partir la fleur au fusil combattre l’ennemi. Le soir de sa fête de départ, il lance, avec quelques amis poètes, l’idée que si dans deux ans ils sont toujours en vie, ils se rejoindront le 15 septembre à 15h au Café de la Terrasse à Zurich. Richter est blessé au combat, rentre paralysé, épouse sa première femme et organise une exposition à Munich avec les oeuvres qu’il a réalisées durant cette courte période. De là, voyant que la date approche, il décide de se rendre au fameux rendez-vous. Par miracle, ses compères étaient en vie, attablés en compagnie de Tristan Tzara et Marcel Janco. Ces derniers ayant eu vent de son travail, décident de l’intégrer volontiers au groupe déjà vieux de 5 mois. Richter s’y est donc finalement greffé tout comme un parapluie rencontre une machine à coudre sur une table d’autopsie : de manière fortuite.

Un peu plus tard dans l’entretien, réalisé aux Etats-Unis, il explique sa vision de DADA qui était selon ses mots « une libération complète – des lois, de l’autorité, de la tradition, des conventions – en mots, en actions, en art ». Et il poursuit en définissant ce qu’il entendait lui par le concept d’anti-art. L’idée n’était pas d’après lui de détruire l’art – comme le prônait notamment Marcel Duchamp – mais bien de « trouver une expression humaine qui n’avait rien à faire de satisfaire la bourgeoisie qui, à ce moment là, achetait de l’art ». Il évoque alors les nombreuses Têtes Révolutionnaires qu’il réalisa, inspiré par l’atmosphère crée par groupe et l’instant si particulier de l’histoire dans lequel il s’inscrivait. Il évoque d’ailleurs dans une troisième partie l’esprit révolutionnaire qui animait DADA dans ses années zurichoises, au point qu’il créa, en compagnie d’Hans Arp, Marcel Janco et Viking Eggeling une Organisation des artistes radicaux. Cette dernière avait pour objectif de réformer les universités afin de donner aux étudiants la possibilté de contrôler administrativement une partie de celles-ci. Et puisque les événements de l’histoire contemporaine se rapportent à cette problématique, il établit sans hésiter un rapport entre les revendications étudiantes de Mai 1968 et ces prémices révolutionnaires dadaïstes.

Hans Richter nous raconte tout cela de son fauteuil dont les accoudoirs se recouvrent de verres et d’assiettes au fur et à mesure de la discussion et avec un accent coloré par des sonorités multiples, à l’image de ce groupe qui, sans se l’avouer vraiment, louait une poésie abstraite qui convenait bien à des jeunes gens d’origines diverses et qui ne parlaient pas tous très bien le français. Le Cabaret Voltaire fut ainsi un microcosme réunissant, en zone neutre, peintres et  littérateurs, aux caractères si variés qu’ils reconnaissent avec le temps que sans l’impératif imposé par la guerre, une telle confrontation aurait été impensable.

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Cette entrée a été publiée le 19 avril 2013 par dans Hans Richter, Médias, et est taguée , , , , , , , .

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