Le Pré-cinéma d'animation abstrait

A travers les oeuvres de Walter Ruttmann, Oskar Fischinger, Hans Richter, Viking Eggeling

La proposition radicale de Walter Ruttmann

 

Capture écran du site Artsonores.com

 

Artsonores est un site affilié à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et qui est dédié à la création sonore. Il fait partie d’une série de « fresques » crées par l’INA sur différents thèmes tels que, le festival de Cannes, la culture en Europe ou encore une mémoire mondiale des mineurs. Chacun, ou presque, est introduit par une frise chronologique interactive qui situe par année les divers liens présents sur le site auxquels nous avons accès par un simple clic. La présentation de ces fresques est tout à fait didactique et permet un rapide aperçu à la fois du contenu et de la thématique proposée. L’autre fonctionnalité mise en place offre cette fois la possibilité de situer les archives non plus dans le temps mais dans l’espace : l’onglet « accès cartographique » les regroupe en effet selon leur provenance. Par un zoom progressif nous pouvons voir en détail et par pays l’origine des documents et ainsi se diriger, comparer ou regrouper des productions géographiquement éloignées mais stylistiquement proches.

Artsonores, sous-titré « l’aventure électro-accoustique », recense des musiques, sons, entretiens, œuvres radiophoniques mais aussi films expérimentaux essentiellement datés depuis 1948 (date de l’invention du terme « musique concrète » par Pierre Schaeffer) et jusqu’à nos jours. Ce contenu, régulièrement enrichi, résulte du partenariat entre l’INA et le GRM (groupe de recherches musicales). Il recense pour l’instant une quarantaine de sources filmiques dont de nombreux films abstraits, essentiellement datés des années 1950-60. Mais l’un d’eux nous intéresse directement : c’est Wochenende de Walter Ruttmann, daté de 1930, soit aux débuts du parlant au cinéma. Cette dernière remarque n’est d’ailleurs pas anodine car ce film a pour particularité d’être sans images. Ruttmann produit ici une réponse à l’usage décoratif et redondant de la parole tout juste introduite dans des films jusque là muets et accompagnés uniquement de musique sur laquelle il calait ses motifs visuels abstraits.

Ainsi Wochenende (ou Week-end) est un assemblages de bruitages du quotidien que Ruttmann a mis bout à bout comme il l’aurait fait avec une pellicule. Cet idéal d’une communication par le son, qui se voudrait plus pure que l’image, rejoint par exemple l’utopie que Kupka énonçait quelques années auparavant d’un art télépathique (La Création dans les arts plastiques, 1910-13). En effet, ce dernier envisageait la création future comme une simple communication directe d’esprit à esprit. L’art serait ainsi débarrassé de la gangue matérielle et introduirait une relation pure entre l’artiste et son spectateur. Ainsi Ruttmann se trouve entre ces pionniers de l’abstraction picturale et peut-être Yves Klein qui lui aussi dans ses anthropomorphies, guidait ses modèles féminins recouverts de bleu à travers la voix, considérée comme médium pur.

Klein nous offre également la possibilité d’évoquer cette religion de l’immatériel qu’il avait si bien sentie dans son art. La dématérialisation des relations interpersonnelles et des contenus, celle sur laquelle reposait son Exposition du Vide en 1958, est bien celle qui nous anime ici, permise grâce aux outils numériques, et dont nous sommes les directs héritiers. Ainsi, à travers cette confrontation polémique et dialectique de bruitages, de sons, Ruttmann porte une réflexion qui dépasse de beaucoup la simple théorie de l’abstraction cinématographique et dont nous sommes les acteurs et analystes.

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