Le Pré-cinéma d'animation abstrait

A travers les oeuvres de Walter Ruttmann, Oskar Fischinger, Hans Richter, Viking Eggeling

Network Awesome

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Network Awesome est une chaîne de télévision en ligne crée en janvier 2011 par Jason Forrest et Greg Sadetsky. 6 émissions sont mises en ligne chaque jour, souvent via la plateforme YouTube. Après chaque première diffusion, l’émission reste accessible dans les archives. Comme sur une chaîne de télé classique, on trouve ici toutes sortes de programmes : des talk-shows, des dessins animés, des films ou des documentaires, à ceci près que les créateurs du site souhaitent proposer un contenu qui soit culturellement et artistiquement pertinent. Network Awesome est le premier site du genre que j’ai pu visiter, et je trouve étonnante l’alternative qui est offerte à l’objet télévision à l’ère d’Internet. C’est aussi un site collaboratif. En plus de proposer des émissions, le site propose  des articles par le biais d’un magazine en ligne, dans le but d’apporter des informations qui viennent étayer le contenu proposé. Ainsi, l’équipe de Network Awesome est constamment à la recherche de petites plumes. Le seul critère de sélection ? L’intérêt porté à tel ou tel domaine. On ne recherche pas forcément des gens qualifiés dans un domaine particulier, mais plutôt des gens passionnés par un domaine particulier. J’ai pu croiser des auteurs de tous types d’horizons : des journalistes et des profs, mais aussi un humoriste et un ingénieur spécialisé dans les ordinateurs. Ainsi, passer par ce type de plateforme pour une étude précise sur un sujet donné (comme c’est notre cas), ne doit pas se faire sans précautions car il faut s’attendre à tomber sur des informations qui peuvent se révéler inexactes, approximatives ou même dénuées d’intérêt. Pour illustrer les écarts que l’on peut avoir d’un article à l’autre sur un même sujet, j’ai choisi de me concentrer sur deux articles : « Amazing early abstract film made the oldest fashion way : by hand » (s.n) et « Visionaries aren’t always courageous : Walter Ruttmann » de Thomas Michalski. Ces deux articles ont été trouvés par le biais d’une recherche comportant les termes « Walter Ruttmann » dans les archives (la section « Archive » est encadrée en rouge sur l’image ci-dessus).

« Amazing early abstract film made the oldest fashion way: by hand »

On sent l’influence de Walter Ruttmann dans les premiers films de Fischinger. Ses premiers films abstraits (dont Opus I et Opus II) sont projetés en 1929 au festival Baden-Baden où ils connaissent un succès international. À cette même époque, il collabore avec Erwin Piscator sur le film Melodie der Welt. Mais selon l’auteur, Ruttmann serait plutôt reconnu pour le film Berlin Symphonie d’une grande ville (1927). On nous apprend aussi que pendant le régime nazi, Ruttmann a été l’assistant de la réalisatrice Leni Riefenstahl sur le film Triumpf of the Will en 1935. Une filmographie sélective vient terminer l’article.

Si on traduisait le titre de l’article en français, on obtiendrait : « D’étonnants films des débuts de l’abstraction fabriqués à l’ancienne : à la main ». Même si la traduction ici proposée est un peu approximative, vous avez compris l’idée. Il est donc dommage de ne pas avoir évoqué la technique qu’utilise Ruttmann pour réaliser ses films. Finalement, le titre de l’article n’est à aucun moment justifié par le contenu. L’auteur se contente d’une courte biographie de l’artiste. Ainsi, cet article ne relève pas d’une utilité particulière par rapport à notre étude compte tenu des recherches que nous avons entreprises jusque maintenant.

« Visionaries aren’t always courageous : Walter Ruttmann »

Le précédent article ne nous offrait aucune information sur l’auteur. Cette fois, l’auteur est rapidement présenté à la fin de l’article : Thomas Michalski est écrivain et animateur radio.

Selon Thomas Michalski, le travail fourni par le cinéaste pour le régime nazi soulève de nombreuses questions d’ordre philosophique ou biographique. Dès l’introduction, il se pose la question du sentiment de culpabilité, de la responsabilité des artistes ayant collaboré avec le régime nazi, et des conséquences qu’une telle collaboration peut produire.

Même si c’est discutable, on considère la série des Opus (Opus I, Opus II, Opus III et Opus IV que vous trouverez sur notre Pinterest), réalisée entre 1921 et 1925 comme les premiers films abstraits jamais réalisés. Peintre et designer graphique de formation, Ruttmann a toujours exploré le domaine de l’abstraction. Il crée un lien étroit entre les arts-graphiques et le cinéma : « Travailler avec le film comme si on utilisait un pinceau et de la peinture », disait-il (« Work with film as though using a paintbrush and paint »). Il met ces mots en pratique puisque c’est ainsi qu’il réalisait ses films, en peignant directement sur  le celluloïd (support des premières pellicules). Finalement, selon Michalski, on pourrait rapprocher le travail filmique de Ruttmann à Andy Warhol et ses performances appelées Exploding Plastic Inevitable (de 1966 à 1967), évènements qui mêlaient des concerts du Velvet Underground & Nico, des spectacles de danse et des projections de films réalisés par Warhol lui-même. Puis est évoqué ce moment de l’histoire où on comprend que le cinéma se révèle être un outil de propagande potentiellement très puissant, ce que Hitler et les nazis (entre autres) ont rapidement su comprendre. Sous l’égide du tristement célèbre ministre de la propagande Joseph Goebbels, les médias deviennent de purs instruments de propagande produits par et pour le régime nazi. Sans cacher sa déception, Thomas Michalski dénonce le fait que malgré le contexte hostile de l’Allemagne de la fin des années 30, Ruttmann n’a pas quitté le pays comme ont pu le faire des cinéastes comme Fritz Lang ou Douglas Sirk (pour ne citer qu’eux). Ruttmann est resté en Allemagne, où il réalise « le film de propagande nazie le plus célèbre de tous les temps » (« the most notorious Nazi propaganda film of all time »). La thèse de l’auteur quant à la collaboration de Ruttmann avec le régime nazi consiste à dire qu’il s’agirait plus d’une question de conformisme et de lâcheté que d’une question de conviction. C’est là-dessus que se termine notre article.

Si nous devions comparer cet article avec le précédent, il semble évident que ce second article se révèle le plus intéressant. Tout d’abord, contrairement à l’auteur de « Amazing early abstract film made the oldest fashion way: by hand », Michalski cite ses sources. Une webographie vient terminer l’article, dans laquelle on retrouve d’ailleurs le site Media Art Net auquel nous avons déjà consacré un article. Ce second article offre au lecteur des éléments exploitables et soulève des problématiques intéressantes. Cependant, les pistes que nous offre cet article doivent être réutilisées avec mesure et subtilité, car Michalski est ici très peu objectif…

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