Le Pré-cinéma d'animation abstrait

A travers les oeuvres de Walter Ruttmann, Oskar Fischinger, Hans Richter, Viking Eggeling

Exposition Oskar Fischinger : Tate VS Whitney

(captures écran) Interface dédiée à l'exposition Fishinger sur les sites de la Tate (http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/display/oskar-fischinger) / du Whitney Museum (http://whitney.org/Exhibitions/OskarFischinger)

(captures écran) Interface dédiée à l’exposition Fishinger sur les sites de la Tate (http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/display/oskar-fischinger) / du Whitney Museum (http://whitney.org/Exhibitions/OskarFischinger)

Deux expositions différentes ont eu lieu à l’occasion de la restauration par le Center for Visual Music (cf article) du court métrage Raumlichkunst (ou Art lumineux de l’espace) réalisé par Oskar Fischinger en 1926. Il est désormais visible en haute définition et dans un espace immersif qui lui est spécialement dédié. En effet, cette œuvre est un film d’animation-performance qui combine trois métrages de 10 minutes chacun et qui sont projetés en boucle dans une même pièce, permettant une immersion du spectateur dans cet univers purement abstrait, à l’image de ce que feront les artistes du Colorfield Painting quelques années plus tard tels que Rothko, Newman ou Still.

Ces deux expositions avaient lieu au même moment dans deux institutions différentes – un des avantages de cet art inscrit dans son époque de reproductibilité technique – l’occasion pour nous d’en apprendre un peu plus sur l’œuvre d’Oskar Fischinger sans avoir à payer un billet de train ou d’avion ; mais aussi de faire une petite étude comparée de deux sites de grands musées.

By the Whitney Museum of American Art

L’interface servant de mini-site crée par le Whitney Museum of American Art pour l’occasion est assez lapidaire. Elle présente la même image d’accueil que le site de la Tate mais ne nous offre que très peu de détails sur l’œuvre. Les 5 lignes d’introduction sont les seules informations qui nous sont données.

Pour plus de détails sur cette œuvre en particulier, on pourra alors se référer à un article de Suzanne Buchan dans Artforum. On y apprend que les films présentés sont une re-création du CVM qui s’approchent au plus près des conditions initiales de réalisation basées sur une performance. Pour recréer ces apparitions uniques et éphémères chaque projection est différente de la précédente et les effets spéciaux des séquences sont obtenus notamment à partir de cire chauffée. D’autre part l’auteur nous apprend que le CVM a choisi d’accompagner ces projections de musique expérimentale de John Cage par exemple pour recrée l’ambiance d’origine.

Un onglet « IMAGES » offre 6 photogrammes de très bonne qualité. On peut collecter ces derniers en créant un compte personnel qui par ailleurs offre la possibilité de répertorier des œuvres du musée qu’on apprécie ainsi que des événements ou des cartels.

Enfin l’onglet « EVENTS » nous apprend que le musée proposait à cette occasion une projection de certains films de Jordan Belson, artiste plus tardif de la « visual music ». Ce court événement permettait de confronter deux œuvres complémentaires et de mettre en évidence la filiation des deux artistes, tout en montrant des films d’ordinaire peu accessibles.

By the Tate Modern

En revanche la Tate a développé un mini-site beaucoup plus fourni autour de cette œuvre. Les visées pédagogiques, absentes du site précédent, sont ici très bien développées. Ceci va de paire avec l’objectif de la série d’expositions dans laquelle s’inscrit celle qui nous intéresse. En effet la Tate a mis en place une série de 9 expositions gratuites ou Displays  présentant les moments charnières de l’histoire de l’art du XXème siècle. Elles ont pour ambition de faire dialoguer les artistes d’aujourd’hui avec ceux du siècle précédent et ainsi d’éclairer la création contemporaine. Pour y parvenir, chacune dispose d’une interface pédagogique spécialement dédiée, à l’image de celle concernant Oskar Fischinger.

L’introduction replace l’œuvre dans la production de l’artiste et nous apprend que celui-ci fut l’un des premiers à utiliser des moyens multimédias pour faire du cinéma un art, ce qui n’était pas encore totalement acquis en 1926. Cette œuvre, qui est en définitive l’une des premières  »installations », précède de 10 ans sa collaboration avec Disney pour Fantasia et témoigne parfaitement de l’hybridation entre un art d’avant-garde et la culture de masse qui caractérise son travail. Afin de mieux la situer encore, l’exposition était inaugurée par la projection d’une rétrospective de la « poésie optique » de Fischinger.

Un autre film de l’artiste intitulé Spirals faisait quant à lui partie d’un ‘’display’’ intitulé  « Structure and Clarity » ayant lieu au même moment et se concentrant sur l’impact de l’abstraction géométrique dans la création de l’entre-deux guerres. Le film de Fischinger dialoguait ainsi avec des gouaches de Joseph Albers, des photographies de Moholy-Nagy ou des sculptures de Donald Judd. Le montage dialectique de cette exposition est reconduit par la page qui lui est dédiée et qui présente des illustrations de toutes les œuvres présentées.

Mais le lien qui nous est le plus précieux est celui renvoyant vers un article de Leslie Esther intitulé « Where abstraction and comics collide » (« Lorsque qu’abstraction et bande dessinée se rencontrent »). Cet article s’appesantit sur  les relations entre la culture de masse américaine – celle qui fascinera les membres exilés de l’Ecole de Francfort – et l’abstraction géométrique des années 1920-30. Est en effet abordée l’influence de Kandinsky chez Fischinger qui avait par ailleurs présenté ses travaux à l’Ecole du Bauhaus avant que celle-ci ne soit dissoute avec l’arrivée des nazis au pouvoir. L’article nous apprend comment en ayant mis son talent au service du marketing il a réussi à se faire un nom Outre-Atlantique. C’est en travaillant comme publicitaire pour des fabricants de cigarettes (Lucky Strike, Muratti, etc.) qu’il se fit connaître à Hollywood. Ce dernier point donne l’occasion à l’auteur d’aborder le partenariat houleux entre Fischinger et Disney sur l’illustration de musique classique qui aboutira à Fantasia. Les noms de Walter Ruttmann et Hans Richter y sont cités à deux reprises, à la fois pour le concept commun de « visual music » mais également pour leurs conceptions de l’abstraction géométrique. Pour ces trois artistes, l’animation cinématographique permettait dans cette optique de mettre en mouvement l’héritage du Bauhaus et d’offrir une dimension nouvelle aux recherches entreprises précédemment sur le support toile à propos de la ligne, la couleur, l’espace, etc.

Ce site de la Tate, assez concis, offre un excellent aperçu du travail d’Oskar Fischinger et de ses incursions, en tant qu’artiste d’avant-garde, dans la mass culture. Cette particularité fait de lui l’un des personnages emblématiques de l’émancipation du cinéma en tant qu’art à part entière, une conquête qui ne passait évidemment pas selon lui par un renoncement à sa dimension populaire…

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Cette entrée a été publiée le 3 mars 2013 par dans Musées, Oskar Fischinger, et est taguée , , , , , .
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